FN : l’encombrant Monsieur Le Pen

Par François Vidale


Il est une date dont nous devrons nous souvenir. Le 14 janvier 2011, ému, Jean-Marie Louis Le Pen léguait à Marine, la cadette de ses filles, l’enfant qu’il chérissait le plus au monde : son parti. Dès lors, une phase de rénovation, dite de « dédiabolisation » en termes un peu plus marketing, était amorcée. Mais alors que la jeune garde du parti le voyait bien profiter d’une retraite paisible dans son domaine du Montretout, le lascar est bel et bien resté dans le paysage politique. Détrompez-vous, il y tient encore à son parti, papy.

La polémique comme credo

Parlez-lui du Rassemblement Bleu Marine, il s’en amusera. Évoquez-lui un possible changement de nom du Front National, il s’agacera. Le Président d’honneur idolâtrera ad vitam æternam un passé où, à sa tête, le FN intimidait. C’est que les débatteurs ne furent, en quarante ans de règne, finalement pas si nombreux à se porter volontaires pour donner la réplique à ce monstre de culot et, il faut bien l’admettre, de rhétorique. Car s’il est une qualité (sûrement la seule) reconnue unanimement à son égard, c’est bien sa maîtrise de la langue et son expression. L’Académie Française est pourtant si loin d’en faire un Immortel.

Il faut dire qu’il a cumulé les casquettes, Jean-Marie. Tour-à-tour xénophobe, homophobe, antisémite puis surtout, surtout, chantre du négationnisme : que ses quarante années de présidence furent longues ! Les chambres à gaz ? « Un détail de la Seconde Guerre mondiale ». Plus récemment, au sujet de Patrick Benguigui alias Patrick Bruel : « On en fera une fournée la prochaine fois ». Il l’a promis : tant qu’il aura la force de polémiquer, il n’hésitera pas. Consternant.

Malaise au bureau politique

Consternant et gênant. Surtout dans son propre camp qui, à chaque sortie de l’octogénaire, a pour pathologie un mutisme généralisé. Un temps silencieuse, Marine n’hésite plus à émettre de sérieuses réserves sur les saillies malvenues de son père. Quitte même à lui supprimer son journal de bord hebdomadaire sur le site du parti, ce qui valut à la Présidente une réponse sous forme de lettre ouverte cinglante.

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Jean-Marie Le Pen lors des célébrations du 1er mai 2014, à Paris.

Alors dorénavant, on évite de laisser parler papy. C’est précisément ce qu’il s’est passé le 1er mai 2014, lors du traditionnel défilé FN dans Paris à la mémoire de Jeanne d’Arc. Appelé de coutume à la tribune pour clôturer la journée, le chef historique du parti n’a, pour la première fois, pas été sollicité.

La dédiabolisation commence à payer, durablement

Depuis la dernière Présidentielle, toutes les élections ont dénoté une poussée record du Front National : les nouveaux maires, députés et eurodéputés en sont la preuve numérique. Mais le plus frappant, c’est que le FN, qui autrefois séduisait majoritairement les seniors, est devenu, à l’occasion des dernières élections européennes, le premier parti de France chez les moins de trente-cinq ans. Désormais, les aspirations de la jeunesse française se retrouvent dans le Rassemblement Bleu Marine, tant au niveau du nombre de militants que de votants.

Enfin, les études le montrent : le vote d’extrême droite, qui jadis était protestataire, devient de plus-en-plus un vote d’adhésion, bien aidé il faut le dire par la guerre des chefs à Droite et l’incompétence du pouvoir en place.

Alors oui, le FN sans Jean-Marie, ça tourne bien. Même beaucoup mieux. Cyniquement, on pourrait imaginer que le bureau politique attende sagement sa fin. Elle est peut-être là, la rançon de la dédiabolisation.

Et vous, qu’en pensez-vous ?


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