Economie : l’illusion du Pacte de Responsabilité

Par François Vidale


Suppression des cotisations sociales pour les salariés au SMIC, allègement des cotisations familiales pour les emplois les plus qualifiés, diminution de l’impôt sur les sociétés, suppression de la C3S (cotisation sociale de solidarité) sont les mesures phares du Pacte de Responsabilité, annoncé en grande pompe mardi 14 janvier 2014. En tout, ce sont plus de trente milliards d’euros en cinq ans que les entreprises françaises se verront économiser. Une mesure qui vient s’ajouter au crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Social-démocrate, François Hollande ? Vraiment ?

Le retour de la politique de l’offre

Le moins que l’on puisse dire, c’est que personne ne s’attendait à tel tournant idéologique. Tout à fait inédit même dans les gouvernements de Droite précédents, ce chamboulement pourrait rebattre les cartes de l’équilibre du pouvoir en France. Vilipendé sur son aile droite, renié par son aile gauche, François Hollande a résolument pris le parti de l’attaque.

François Hollande, lors de sa conférence de presse du 14 janvier 2014, à l’Elysée.

Le chef de l’Etat, qui se réclame pourtant de l’héritage de Jaurès, fait momentanément une infidélité à la doctrine keynésienne, si chère au Parti Socialiste, pour renforcer l’offre française à l’international et mieux concurrencer nos voisins européens, notamment notre meilleur ennemi, l’Allemagne. L’un des objectifs implicites n’en est pas moins le retour à l’équilibre de notre balance commerciale, déficitaire depuis plus de dix ans. Avec deux conditions : l’investissement et l’embauche.

La priorité des PME n’est pas d’embaucher

Les petites et moyennes entreprises, c’est 99% du tissu économique français. En volume, les PME embauchent plus de 70% des salariés du privé. Quelles sont les priorités de la majorité de ces entreprises dans le contexte économique que l’on connaît ? L’équilibrage des comptes, le renflouement de la trésorerie puis, ensuite, en bout de chaîne et seulement si la demande le permet, l’embauche et l’investissement. Le Pacte de Responsabilité est donc étroitement lié à l’évolution du pouvoir d’achat des ménages, qui malheureusement est au plus bas ces dernières années.

Seules les grandes entreprises, qui ont une marge de manœuvre plus importante et des objectifs à long terme, pourront éventuellement se permettre d’embaucher rapidement et plus que prévu grâce aux mesures du Pacte.

Un remake de la taxe restauration ?

Le MEDEF et Pierre Gattaz ne s’en sont pas cachés, l’annonce du Pacte fût une excellente nouvelle pour tous les patrons de France. Mais qui dit pacte, dit forcément contreparties. Le seul hic, c’est que François Hollande n’en a fixé aucune, laissant bon gré mal gré le soin aux partenaires sociaux de mettre au point les règles du jeu.

Souvenez-vous, la dernière fois que ce système de confiance avait été mis en place, c’était en 2009 sous le gouvernement Fillon. La TVA dans la restauration avait été abaissée de 19.6% à 5.5%, une mesure coûtant la bagatelle de trois milliards d’euros par an au contribuable. Déjà à l’époque, aucun objectif chiffré n’avait été proposé : la mesure étant indexée au bon vouloir du restaurateur de baisser ses prix, d’embaucher et investir en conséquence. Résultat : aucun engagement n’a été tenu.

Pas d’objectif chiffré, pas de contrôle, pas de sanction au programme : la perspective d’un pacte sans impact est plus que probable. Et vous, qu’en pensez-vous ?


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